Philosophie


Libérer la matière


"Tout part d’une rencontre entre la matière et le sculpteur. " Par Florence Thomas

LES BOIS

Les bois


Les bois, je les ai d’abord rencontrés depuis l’enfance lors des voyages en Catalogne, ces bois sombres, sculptés, odorants, polis par les mains qui les ont touchés. Et par la suite, les bois des meubles baroques et des consoles anciennes que l’on voit un peu partout en Europe, avec leurs volutes, ainsi que leurs pieds souples qui s’arrondissent. Puis ceux des portes et des porches qui s‘imposent avec leurs mascarons, feuilles d’acanthe et marmousets. Chacun de ces objets en bois m’a parlé, fasciné, emporté

LES BOIS
L’ARGILE

L’argile


L’argile dans lequel je plonge à pleines mains dès l’âge de trois ans et les sculptures en devenir sur lesquelles je grimpe, terrain de jeu dans l’atelier de mon père, Jordi Bonet. Je vois également sculpter ma mère, là encore depuis l’enfance.

L’enfant d’artistes – c’est un lieu commun – nait dans la matière.

LA CATALOGNE

La catalogne


À 17 ans, ce voyage à Lleida en Catalogne est initiatique : révélation devant l’architecture et détails sculptés de la cathédrale de la Seu Vella en rénovation, vidée de sa substance. L’aridité, l’austérité et le caractère brut de Lleida et de ses habitants marquent mon imaginaire esthétique. Les couleurs de pierre sous le soleil, la terre jaune et ocre impriment ma palette chromatique. Mais aussi, je contemple toutes ces gargouilles et ces chimères perchées, arrogantes et grotesques, qui peuplent les églises lors de mes voyages en Europe.

LA CATALOGNE
LA SCULPTURE

La sculpture


La sculpture se présente à mes yeux et à mes mains dans l’atelier de Jordi, j’apprends alors àdéconstruire les règles, à libérer la matière, en observant mon père. Alors que j’ai eu la chance de côtoyer des maîtres : peintres, sculpteur et ébénistes; je suis pourtant attiré par la spontanéité et j’ai une envie irrépressible de faire sauter les règles de l’académisme. C’est mon expérience en décors de cinéma qui me permettra d’oser et me conduira à ma démarche actuelle. Forêt d’arbres, murs de pierres, cavernes, éléments architecture, personnages et animaux mythiques, bustes d’hommes et de femmes, toiles de fond de scène et peinture scénique, accessoires en résine, bateau en fibre de verre, et colonnes grecques sont les défis qui se présentent au sculpteur-mouleur qui doit travailler rapidement et avec des matériaux composites. J’ai l’occasion de m’offrir le luxe de recréer l’exceptionnel avec une totale liberté à quelles reprises : bois, métaux, résines et plâtre se rencontrent entre mes mains, et c’est parfois avec un imaginaire débridé que je réponds à ces exigences du cinéma hollywoodien.

LA SCULPTURE
LES TABLES ET LES CONSOLES

Les tables et les consoles


Les tables et les consoles sont mes premiers objets d’expérimentation. Tables sculptures, plutôt que meubles tout court, je réalise que je ne marche plus seulement dans les traces de l’ébéniste, mais dans celles aussi du sculpteur et du peintre. Les disciplines artistiques se rencontrent là où je m’y attendais le moins. Le noyer, bois riche et foncé, m’oblige au respect. Impossible de le forcer, de lui faire prendre les droites attendues, de le faire obéir aux lois de la gravité. Il m’invite plutôt à suivre ses nervures, à m’adapter à sa nature courbe. Ma quête se transforme en dialogue avec cette matière que j’assemble avec d’autres matériaux, plâtres, résines et métaux coulés, pour transformer le meuble utilitaire en meuble d’art.

LIBÉRER VOTRE INTÉRIEUR

Libérer votre intérieur


Soudainement, les tables prennent vie sous les yeux : organiques, humaines ou animales. Voilà où se situe ma démarche : à mi-chemin entre une esthétique fantaisiste ou grotesque et la mythologie. Le meuble-sculpture propose un récit - des récits - sur les humains, sur ces postures tantôt primaires, tantôt éthérées et toujours paradoxales. Le meuble sculpture invite à une rencontre avec soi et avec les autres; il n’est pas conforme, toujours au bord du déséquilibre et jamais là où on l’attend.